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Rapports, discours, articles, etc. :
la sélection de l'AMRF

L'Association des Maires Ruraux de France a repéré pour vous de nombreuses publications disponibles sur Internet et susceptibles d'intéresser les maires ruraux. Nous vous signalons leur origine et indiquons l'adresse de la page web où vous pouvez les consulter dans leur intégralité.

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par Vanik Berbérian, président de l'association des maires ruraux de France

(tribune publiée sur lemonde.fr le 07/03/2012)

Passée la date du 16 mars, les maires ruraux retomberont dans l'anonymat. C'est inscrit dans les gènes de notre Constitution. Pour autant, cette situation doit cesser. Nous préférons le dire aujourd'hui, à l'heure où le match n'est pas terminé et que certains candidats sont à la peine pour réunir les signatures. Bien des rebonds sont à attendre sur ce "marronnier quinquennal" dont le principe est à bout de souffle.

Pour deux raisons simples : l'une liée à la ruralité, l'autre à la procédure même de "présentation" des candidats. Cette dernière faisant peser de graves menaces sur la vie démocratique du pays, que la bipolarisation en cours et excessive ne peut qu'assécher, sinon détruire.

D'abord, il y a une indécence à se focaliser sur les maires ruraux pendant six mois et ne parler à aucun moment des enjeux de ces 70 % du territoire, ces zones "peu denses" comme les qualifie l'Insee. Près d'un tiers de la population française, soit plus de 21 millions d'habitants, vit pourtant dans les 33 700 communes de moins de 3 500 habitants. Et se trouve oubliée par les candidats aujourd'hui, par l'Etat demain comme hier. C'est à ce titre que l'AMRF a publié 10 priorités pour la ruralité. Manière de dire que la ruralité ne doit être à l'Etat ce qu'est la coopération décentralisée dans les collectivités, à savoir une "véritable préoccupation" mais un parent pauvre des budgets. Au terme du prochain mandat présidentiel, il faudra qu'ait cessé l'injustice qui fait qu'un habitant des champs, aux yeux de l'Etat, vaut deux fois moins qu'un habitant des villes. Peu de gens savent que les dotations aux communes interdisent aux communes rurales de se développer avec les mêmes chances que l'urbain alors qu'elles accueillent de nouveaux habitants à un rythme équivalent (+ 0,7 % par an – c'est l'Insee qui le dit). Et l'imbroglio des outils censés corriger cette situation est suffisamment grand pour qu'un maire rural n'y retrouve pas ses concitoyens… et encore moins des euros.

VALIDATION RÉPUBLICAINE

Venons-en à la procédure de présentation des candidats. Les maires ruraux sont devenus la cible de toutes leurs (éphémères) attentions. A y regarder de plus près, ce ne sont pas les "grands" candidats, portés par des milliers d'élus, qui sont pressants. Mais je ne compte plus les sollicitations farfelues et insistantes, tout comme celles plus légitimes parce qu'adossées à un courant de pensée qui rencontre un public.

Les "petits partis", par la force des choses, se tournent vers les élus ruraux, plus rarement encartés et très nombreux. Pour différentes raisons, beaucoup refusent de "signer" bien qu'en théorie cela ne devrait générer d'ennuis ni avec le conseil municipal ni avec les habitants. Cependant, un flou subsiste par méconnaissance de la procédure. Le parrainage ne signifie pas obligatoirement un soutien à une idéologie ni à un candidat. Ça n'est pas l'expression d'un vote. C'est une décision personnelle du maire qui n'engage pas la commune. Si à l'origine, l'objectif était de filtrer les candidatures fantaisistes, le contexte politique de ces dernières années en fait un frein au débat démocratique. Des candidats dont les propos méritent d'être entendus dans le débat en sont exclus.

Plus grave, une proportion importante de nos concitoyens risque de ne pas se retrouver dans le choix électoral proposé, ce qui constitue un grave déni démocratique. Déni d'autant plus dommageable à la vie politique qu'elle accroît l'abstention de scrutin en scrutin.

Il y a urgence à revoir le système car la crédibilité du débat démocratique est en jeu. Je propose de :

Utiliser la notion de "validation républicaine" en lieu et place du terme de "parrainage", porteur d'une connotation ambigüe d'adhésion voire de lien amical ou familial, même si le parrainé n'acquiert pas pour autant le statut de filleul.
Rendre possible la validation républicaine de trois candidatures, quitte à augmenter le seuil des 500 signatures. Je ne suis d'ailleurs pas favorable à une présentation faite par des citoyens, comme il est proposé ici ou là uniquement pour des questions techniques et de coût. Ni d'ailleurs favorable à l'anonymat puisqu'il ne s'agit pas d'un vote, mais d'une disposition administrative.
Inviter le futur président à régler ce problème dès le début de son mandat, travail auquel les maires ruraux participeront volontiers pour peu qu'on le leur demande…

Pour conclure et à titre personnel, j'appelle les partis politiques à un sursaut républicain, en grande partie responsables de la désaffection grandissante des français à l'égard de la politique, pour qu'ils règlent ce problème pour la présente élection présidentielle. Enfin, sans qu'ils aient à démontrer une fois de plus leur sens des responsabilités, j'invite les élus, en particulier les élus ruraux, à ne pas être indifférents à la situation actuelle et à venir au secours du débat républicain.