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Tribune de Vanik Berberian, président de l’AMRF, pour le mensuel “Intercommunalités” de février 2012

Le monde rural vit des mutations importantes, mais non uniformes. Pour autant, des réalités s’esquissent, parfois contradictoires. Le premier de ces changement résulte du boom démographique ; plus trois millions d’habitants en trente ans pour les communes de moins de 3500 habitants. L’Insee, pour sa part, constate que depuis 1999, le solde démographique des espaces ruraux est positif, la population de ces territoires augmentant désormais au même rythme (0,7 %) que nationalement.

Cette réalité doit amener à un déclic pour bouleverser enfin le regard porté sur la ruralité et les outils mis à la disposition des acteurs locaux. Quand certains dissertent sur la disparition du rural et la tendance à l’urbanisation du monde, les maires ruraux, eux, sont confrontés concrètement à l’arrivée de résidents, avec des modes de vie dont les niveaux d’exigences n’ont rien à envier à l’urbain. Une autre de ces mutations concerne la structure de l’emploi, avec la chute de la part des agriculteurs et, donc, la modification des fonctions du monde rural.

Enfin, l’édifice politico-administratif prend ses distances avec le rural ; un indice d’une démarche de re-concentration et de retrait progressif de l’intervention d’acteurs - dont l’Etat - et des services de proximité contre laquelle se mobiliseront toujours les maires. Les communes rurales sont entre deux feux. L’un qui les renforce, l’autre qui réduit leur attractivité et leur autonomie – notamment financière.

Des enjeux spécifiques à la ruralité

Grâce à la décentralisation, les maires ont eux-mêmes pu façonner un outil pertinent et de plus en plus identifié par les habitants : l’intercommunalité. Cet outil indispensable doit être renforcé dans sa vocation de guide et d’appui au développement du territoire. En effet, sans elle, beaucoup d’équipements, de services, et d’animations n’auraient pas cours aujourd’hui.

Il faut passer au stade suivant. Si, il y a trente ans, les efforts pour accompagner l’urbanisation pouvaient se justifier, il est dorénavant urgent de voir la France autrement, en termes, par exemple, de répartition des moyens financiers et humains. Un des enjeux majeurs auquel est confrontée la ruralité aujourd’hui est la carence d’ingénierie territoriale. L’imagination, l’audace, l’envie sont des qualités que l’on trouve partout, y compris dans le rural ! Pour autant, elles n’ont pas partout les mêmes chances d’être traduites en actions parce que là, l’aide à la conception du projet manque, ici les moyens, là-bas un maitre d’ouvrage. Ces enjeux spécifiques à la ruralité ne sont souvent pas compris par les décideurs et les financeurs. J’en veux pour preuve la question de l’accès au très haut débit. Il n’est plus seulement un facteur d’attractivité pour les territoires ruraux. Son absence est bel et bien un obstacle au développement économique et de croissance de la ruralité. Une récente étude menée par l’AMRF a d’ailleurs démontré que, dans la hiérarchie des priorités des élus, le très haut débit arrive devant l'école et la santé.

Le monde rural doit être appréhendé positivement et non comme un appendice de l’urbain. Il ne doit pas être considéré comme une sorte de « dépendance », mais bien comme un contributeur au bien-être commun. A ce sujet, la manière d’anticiper le recours à l’espace rural comme un espace de développement est cruciale. C’est ce travail que les maires assument au quotidien, et qui ne cessera de s’intensifier, autour de l’agriculture, du logement, de la présence de services et de la préservation des espaces naturels. L’intercommunalité et son projet doivent être au service de l’ensemble des communes qui la composent, a fortiori désormais, dans un périmètre institutionnel élargi. Si elle est la meilleure garantie de la structuration d’une dynamique locale efficace, elle doit irriguer chaque commune.

Les territoires ruraux constituent plus que jamais une richesse pour la France, non seulement en termes de qualité de vie, mais également en termes de développement économique. Les zones rurales possèdent un énorme potentiel, tant économique qu’humain; il convient simplement de faire confiance aux élus et de leur donner, dans le même temps, les moyens financiers suffisants pour assurer pleinement leurs missions.