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Interview de Vanik Berberian, président de l'AMRF, pour Europe Parlementaire (octobre 2011)

Quelles sont les perspectives en matière de très haut débit dans les territoires ruraux ?

Personne ne sait aujourd'hui ni quand ni comment les territoires ruraux disposeront du Très Haut Débit. Le président de la République a défini des objectifs ambitieux : une couverture de 100% en 2025. Mais le sénateur Hervé Maurey, qui appartient pourtant à la majorité, met en doute dans un récent rapport (1) que cette échéance puisse être respectée en raison du modèle de déploiement choisi par le gouvernement.

En ce qui concerne le "comment", nul ne sait quelle proportion des ruraux disposera d'un accès par fibre optique, les autres devant se contenter des "solutions alternatives" moins performantes. Aujourd'hui en tous cas, l'opérateur historique a annoncé son intention d'apporter la fibre optique jusqu'aux villes moyennes seulement. Et ce n'est qu'une intention...

Bref, le risque est grand de se retrouver avec d'une part le "Très haut débit des villes", le FTTH (fibre optique jusqu'à la maison), et de l'autre le "Très haut débit des champs" constitué des différentes solutions alternatives à la fibre optique. Ce n'est pas acceptable.

Que reprochez-vous aux technologies alternatives en matière de Très Haut Débit ?

Le très haut débit relève de l'aménagement du territoire. Il s'agit pour nous d’une « grande cause nationale ». Il faut désormais mettre en place le réseau de télécommunication du XXIe siècle, afin de remplacer l'ancien réseau en cuivre qui a fait son temps. N'étant pas un spécialiste de la technique, je préfère procéder par comparaison : en matière d'électricité, serait-il acceptable que seuls les habitants des villes disposent d'un réseau d'électricité à 220 volts, alors que les habitants des campagnes devraient se débrouiller avec pour les uns un réseau à 110 volts, pour les autres un groupe électrogène, pour les derniers de simples batteries - et il s'en trouverait certainement quelques-uns, éloignés de tout, à qui l'on demanderait de s'en tenir à la bougie et au feu de bois sous le chaudron !

Le satellite comme la 4G ne constituent pas une alternative au réseau de fibre optique. Rien ne peut remplacer ce dernier et les opérateurs ne le prétendent d’ailleurs pas. C’est une question de débits, mais aussi de caractéristiques annexes. Le satellite, par exemple, en raison de sa bande passante limitée, impose un quota mensuel.

En outre, privilégier autre chose que la fibre optique serait un mauvais pari sur l’avenir : avec elle, de nouveaux besoins et de nouvelles applications vont se développer, qui seront liées à sa capacité. Or, rien ne dit que la 4G et le satellite pourront couvrir ces besoins. Pensez seulement à la télévision, un vecteur important pour la culture et le lien social, qui est disponible désormais en direct, en différé, à la demande, en 3D… Qu’offriront ces solutions alternatives en la matière?

En revanche, les "solutions alternatives" sont acceptables pour la montée en débit - dans l'attente du déploiement de la fibre optique dans chaque foyer et à condition que l'attente ne soit pas trop longue : chaque jour contribuera à creuser la fracture numérique dans les territoires ruraux.

Vous avez réalisé cet été une enquête auprès des maires ruraux sur l’aménagement numérique du territoire. Quels en sont les principaux enseignements ?

Les maires n'auront pas la patience d'attendre longtemps le Très haut débit : près de 95 % de l’échantillon considère que l’arrivée du très haut débit dans leur commune doit être possible au plus tard dans cinq ans.

Nous avons été surpris du fort taux de réponse à l'envoi de notre questionnaire : 2000 réponses sur 20000 maires sollicités par e-mail, soit 10%. C'est le signe que les élus ont bien saisi les enjeux de l'aménagement numérique du territoire.

Autre enseignement fort : les maires ont une vision très claire des usages possibles ou souhaités. La construction d’un réseau très haut débit arrive très largement en tête des priorités d’investissements, respectivement devant l’école, le réseau routier, la téléphonie mobile et la construction d'une maison médicale.

Ce réseau constitue même un service prioritaire à offrir aux habitants avant les commerces de proximité, les services de transports, la présence d’un médecin généraliste ou spécialiste ou encore l’accès à la culture et aux loisirs. Enfin, parmi les différents services indispensables que le numérique peut contribuer à maintenir ou à développer, l’implantation d’activités économiques et l’emploi arrivent en tête du classement.

Les territoires ruraux sont condamnés par le marché à être les derniers servis, alors que leurs besoins sont parfois plus importants en raison de leur l’enclavement. Face à ces différents constats, l’Association des Maires ruraux de France souhaite l'accélération du calendrier de couverture de territoire en très haut débit et que les fonds d’intervention soient abondés en lien avec cette urgence.

(1) Aménagement numérique du territoire : passer des paroles aux actes, rapport d’information du sénateur Hervé Maurey (juillet 2011)