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Discours de Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne et ancien Premier ministre, lors de l’ouverture du congrès de l’Association des maires ruraux de France, le 8 octobre 2011, à Monts-sur-Guesnes (86).

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce superbe département de la Vienne. Merci à Bruno Belin de nous accueillir, merci au président de l’AMRF de l’organisation ici, dans ce département et dans cette région, de ce congrès important.

Bon anniversaire à l’Association des Maires Ruraux de France, merci aussi à Pierre-Yves Collombat, qui est un ami sénateur, de son rôle dans votre organisation. Merci aussi à Monsieur le président du Sénat de nous faire l’honneur de sa visite.

Je voudrais dire, Monsieur le président du Sénat, que nous sommes habitués ici à respecter les présidents du Sénat. Evidemment, on a été éduqués tout petits par René Monory, mais globalement, au delà de ça, on apprécie très sincèrement la manière dont les choses se sont passées depuis votre élection au Sénat.

Je crois que vous démontrez qu’une alternance républicaine peut être très sereine et nous saluons cette démarche qui montre que dans nos institutions de la République, l’alternance n’est pas brutale et qu’elle peut être républicaine tout en étant engagée évidemment, tout en respectant le scrutin tel qu’il est, chacun exprimant ses conviction mais, au total, les uns et les autres respectant les valeurs de notre République et le fonctionnement de nos institutions. De cela nous vous saluons, monsieur le Président du Sénat, au delà de la satisfaction de vous voir aujourd’hui dans la Vienne.

Monsieur le président de l’AMRF, je vous ai bien entendu. Ca m’ennuie d’être parfois un peu d’accord avec vous car vous savez quelles sont mes positions politiques. Moi je suis un peu indépendant quand même, je lui dis au président de la République, je lui dis de temps en temps qu’il doit nous écouter quelque peu.

Très franchement, nous devons bien prendre conscience que nous sommes là au-delà des circonstances politiques. J’ai maintenant une expérience qui me fait passer au-delà des circonstances politiques et cela me permet de mesurer qu’il y a une évolution de la société sur laquelle nous devons être très attentifs. Au fond, la société urbaine est en train de s’imposer dans un certain nombre de têtes et on voudrait nous imposer des schémas dont nous savons, nous qui avons la culture de la ruralité ou, plus exactement, une culture équilibrée entre l’urbain et le rural - c’est le cas du département de la Vienne qui, de ce point de vue-là, est un beau modèle : un habitant sur deux habite à la campagne. Nous sommes dans un modèle très équilibré.

Mais nous voyons bien au fond l’idée du gigantisme permanent : la grande surface à la périphérie de la grande ville, l’hôpital le plus grand possible et à chaque fois concentrer… et on voit bien que la concentration ne règle pas les problèmes qu’elle créé ! Et au fond, on se retrouve avec un grand nombre de difficultés, car pour régler les problèmes aujourd’hui, il faut humaniser les situations et pour humaniser les situations, il faut décentraliser, il faut responsabiliser, il faut avoir des structures à taille humaine.

Que ce soit pour les entreprises, que ce soit pour les communes, que ce soit pour tout : chaque fois qu’on s’éloigne de la personne, on devient brutal, à chaque fois que la structure remplace le jugement, y compris parfois dans des décisions de l’Etat. Je le dis avec vraiment beaucoup d’expérience sur le sujet : je trouve que l’Etat devrait faire des efforts de déconcentration parallèle aux efforts de décentralisation de manière à ce que les responsables de l’Etat aient les pouvoirs pour arbitrer un certain nombre de décisions, de manière à ce que ce ne soit pas les procédures, les systèmes qui arbitrent.

Lorsque ce sont les procédures ou les systèmes qui arbitrent à la place des gens, il se trouve un moment ou un autre où on écrase la dimension humaine des solutions et au fond, on impose un certain nombre de situations qui ne sont plus des situations acceptées par les personnes. Notre société est une société très complexe et qui sera de plus en plus complexe ! Il ne faut pas promette la simplification de tout parce qu’on sait très bien que dans une démocratie, si on veut que chacun soit entendu, il faut accepter la complexité. Et la complexité n’est viable que si on décentralise les responsabilités, qu’on met des responsabilités sur le terrain et qu’on confie à des personnes légitimes le choix de procéder à un certain nombre d’arbitrages dans notre société.

C’est pour ça que la ruralité, elle est au fond moderne. Elle moderne parce qu’elle est humaine et que plus on s’éloignera de la personne plus on sera archaïque. Plus on ira vers un certain nombre de violences et de tensions. Voilà pourquoi je pense qu’il est très important de défendre un modèle (alors) qu’on voudrait nous faire passer pour des nostalgiques, pour des ringards, pour des toquards - je connais ça, j’ai eu du mal souvent à Matignon : « Ah le provincial qui arrive... », comme si on était en retard d’une pensée. Mais je vais vous dire le fond de ma conviction : nous avons une pensée d’avance, parce que notre pensée, elle est humaine.

Je vous remercie.