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Changeons le regard sur la ruralité

Interview de Vanik Berberian, président de l'Association des maires ruraux de France. Publiée par l'Agence de presse agricole Sud-Est Centre.

Quelles évolutions des communes rurales depuis 20 ans constatez-vous ?

Je constate une profonde mutation au travers de l’augmentation continue de la population des communes rurales, ce qui pose question sur le maintien et l’évolution des services indispensables au public comme la santé, l’éducation et l’accès à la culture, les déplacements. On constate aussi une convergence des attentes et des besoins entre les urbains et les ruraux, comme par exemple l’accès au très haut débit, un outil quotidien dans les villes mais un vœu pieux à la campagne.

Les 2000 réponses reçues pour le sondage de l’association des maires ruraux de France (AMRF) sur ce thème attestent de l’urgence de la question, peu compatible avec l’échéance de 2025 prévue pour une couverture totale du territoire. Aujourd’hui, tous les secteurs de l’activité humaine sont impactés par l’utilisation de ces technologies y compris dans l’agriculture qui est pénalisée par la lenteur du téléchargement des formulaires, par exemple pour leur télé-déclaration Pac. Le développement du haut débit et très haut débit est une exigence vitale, qui ne peut être facultatif car il touche la vie quotidienne et le développement économique.

Cette mutation profonde qui ne s’arrêtera pas, implique un changement de regard de tous et impose la mise en place d’une réelle politique d’aménagement du territoire. Il n’y a plus de place pour les perfusions territoriales, bien au contraire il faut une vision globale qui prenne en compte les besoins de l’ensemble de la population.

Quelles sont les normes « ruralicides » que les maires ruraux dénoncent ?

Ce sont toutes les normes qui s’accumulent et qui ne sont pas toujours justifiées. Suscitées par les fabricants de matériels justifiées par des alibis de protection et de sécurité, elles sont souvent inadaptées aux réalités locales et trop onéreuses. Un exemple, bientôt la loi imposera l’existence d’une ligne téléphonique spécifique dans les ascenseurs, qu’ils desservent un grand magasin ou un immeuble de 20 étages ou un gîte de groupe qui fonctionne essentiellement en saison, sans compter que les téléphones portables se sont largement développés. Il n’y pas de considération objective du risque, mais l’obligation d’une application systématique.

L’AMRF demande la possibilité pour les commissions locales de sécurité d’adapter les règles en fonction des situations. Les normes doivent être proportionnées et il faut en finir avec la surenchère des normes qui d’ailleurs sont très vite caduques et pèsent lourdement sur les capacités financières des communes rurales.

La réforme des collectivités territoriales vous semble donc « ruralicide » ?

Les maires ruraux ne s’opposent pas par principe aux réformes, qu’elles soient territoriales ou autres, mais celle des collectivités que nous vivons actuellement est plus que contestable. Elle vise à la concentration alors que la proximité permet souplesse et réactivité. Notre organisation territoriale doit tenir compte de la spécificité des territoires, de la densité de population, vouloir imposer un cadre identique en tous points du territoire est un non sens. Cette réforme est un échec, son vote a été laborieux et les schémas intercommunaux dessinés par les préfets, cessent d’être des outils au service de projets de territoire. Les économies ne seront sans doute pas au rendez-vous et l’efficacité n’est pas garantie.

Malgré les améliorations apportées au cours des débats sur le texte, son inspiration reste urbaine et technocratique.

Propos recueillis par Frédéric Renaud (APASEC)