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par Vanik Berberian, président de l'AMRF.

Texte publié dans le Dictionnaire politique d'Internet et du numérique 2011 de La Tribune

ECOLE NUMERIQUE. Nom féminin + adjectif.

Plusieurs définitions complémentaires coexistent :

1. Ecole numérique : avenir annoncé de l'école. «Le numérique doit être au cœur de l'école de demain, ce n'est pas une option, c'est une nécessité », Luc Chatel, ministre de l’Education, 25/11/2010.

L’impact du numérique dans la vie quotidienne et les entreprises n’est plus à démontrer. La société d’aujourd’hui est devenu tellement numérique que le numérique en devient transparent. Chaque page de ce dictionnaire en apporte une preuve supplémentaire. L’école, pourtant, restait jusqu’ici en marge de ce mouvement de fond. Situation paradoxale : comment une école non numérique pourrait-elle préparer les enfants au monde d’aujourd’hui ?

Certes, les salles d’informatique se sont multipliées dans les écoles pour faire découvrir aux enfants le maniement de la souris et du clavier. L’Education nationale a mis en place des brevets (B2I) destinés à évaluer les compétences des élèves, tant au primaire qu’au collège. Des équipements innovants, tel le Tableau Blanc Interactif (TBI) sont apparus dans les écoles pionnières.

Mais aujourd’hui, l’enjeu est de passer de ces expérimentations à la généralisation : des équipements numériques dans toutes les écoles, pour tous les élèves. Et une pédagogie intégrant ces nouveaux outils. Il ne faut pas se le cacher : la France, longtemps donnée en exemple pour son enseignement, est en retard. Avec une moyenne de 8,5 ordinateurs pour 100 élèves en 2009, les écoles primaires françaises se placent au 12e rang européen, toujours loin derrière le Danemark (25/100), le Royaume-Uni (17/100), la Finlande (17/100) ou encore l’Allemagne et bien en dessous de la moyenne des pays de l’Union européenne.

Au regard de cette situation, l’école numérique est une urgence. Sa promesse porte tout d’abord sur une école permettant une meilleure acquisition des connaissances traditionnelles, avec par exemple un enseignement différentié, s’adaptant à chaque élève. Pour Jean-Michel Fourgous, député des Yvelines auteur en 2010 d’un rapport intitulé « Réussir l’école numérique », l’école numérique doit permettre en outre d’acquérir les compétences nécessaires pour s’épanouir dans la société numérique, par exemple : « maîtrise des langues étrangères, des outils numériques, acquisition des compétences juridiques et citoyennes s’y rapportant, aptitude à l’analyse critique, à la créativité, au travail collaboratif (…) Les outils numériques favorisent l’acquisition de toutes ces aptitudes et permettent de développer des compétences auxquelles ils n’auraient pas accès autrement. » Ambition séduisante.

Un bémol toutefois : les plus pessimistes se demanderont si, dans la logique d’une RGPP (Révision générale des politiques publiques) taillant avec allégresse dans les postes de fonctionnaires d’Etat afin de réduire au maximum les dépenses, l’école numérique ne s’accompagne pas d’une arrière-pensée : faudra-t-il autant d’enseignants lorsque les élèves disposeront d’ordinateurs-maîtres ? Les outils numériques ne sont pas syndiqués, ils ne font pas grève, ils ne se plaignent pas de classes surchargées. Et surtout, ils ne coûtent rien à l’Etat puisque la traditionnelle répartition des compétences entre l’Etat et les collectivités territoriales met l’équipement à la charge de ces dernières…

2. Ecole numérique : ensemble d’équipements numériques destinés à l’école. « Notre école numérique répondra parfaitement à vos besoins… » - Un revendeur informatique, été 2009.

Le cahier des charges du plan Ecoles Numériques Rurales de 2009, qui a permis à 6.700 communes d’équiper leur école, indique les différents matériels que l’Education nationale considère comme indispensables à l’école numérique. Pour l’essentiel : un tableau blanc interactif (TBI), un ensemble d’ordinateurs portables destinés aux élèves reliés en réseau à l’ordinateur du maître et enfin un accès haut débit à Internet. Il faut ajouter à cette liste un élément apparu par la suite : l’espace numérique de travail (ENT), qui permet de réunir les différents acteurs de l’école autour d’un même service en ligne : élèves, parents, enseignants et élus.

La question est aujourd’hui : qui paye la facture ? Pour le ministère de l’Education nationale, la réponse est évidente : comme dirait un enfant, « C’est pas moi ! ». Le ministère s’appuie pour cela sur la répartition traditionnelle des compétences autour de l’école : à l’Etat, l’enseignement et le salaire des enseignants ; à la collectivité locale concernée les bâtiments et les équipements.

L’Association des Maires ruraux de France remet en cause cette répartition : cet équipement n’est pas de même nature que les gommes et crayons. C’est un équipement pédagogique et à ce titre, il mériterait une prise en charge par l’Etat, du moins en partie.

3. Ecole numérique : promesse d'égalité ou cause de fracture ?

Internet abolit les distances. Le réseau permet un accès au savoir où que l’on se trouve. Une chance pour les enfants habitant dans le monde rural, qui ne trouvent pas dans leur village la même abondance culturelle que les petits urbains. Le souriceau des villes et le souriceau des champs iraient ainsi à l’école numérique main dans la main…

L’école numérique est-elle synonyme d’égalité des chances ? Dans l’absolu, oui, mais encore faudrait-il que tous les enfants puissent disposer des mêmes équipements. Or, toutes les communes ne peuvent consacrer le même budget à l’équipement de l’école numérique. Peut-on comparer les ressources d’une commune rurale avec celle d’une ville comme Elancourt (78), dont le maire est Jean-Michel Fourgous, auteur du rapport évoqué ci-dessus ?

L’école numérique se révèlera-t-elle finalement une cause supplémentaire de fracture entre les urbains et les ruraux ? La question se pose d’autant plus qu’à la problématique des équipements s’ajoute celle des infrastructures : un jour prochain, le très haut débit remplacera certainement le haut débit dans les référentiels de l’Education nationale. De plus en plus, les ressources, manuels et logiciels, ne seront plus dans les disques durs des ordinateurs de l’école : élèves et maîtres les utiliseront en ligne, dans le « nuage Internet ». A très haut débit.

Comment fonctionneront alors les écoles numériques des zones rurales, celles qui seront les dernières à disposer de la fibre optique, en 2025 au mieux ? On peut prédire sans trop de risques une école numérique à deux vitesses dans peu de temps.