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Lyon, le 1er juin 2011

Monsieur le Président,

Depuis plusieurs années et plusieurs fois par an les maires ruraux de France alertent les pouvoirs publics sur les dangers qui pèsent sur l'école publique compte tenu de mesures récurrentes de fermetures de classe à l’occasion de la révision annuelle de la carte scolaire. L'application d'une politique essentiellement comptable ne peut se concevoir pour l’école comme pour d’autres services publics. Il en va de l’avenir des écoles rurales et de l’éducation de nos enfants.

C'est pour cette raison essentielle que l’Association des Maires Ruraux de France, après avoir adopté à l’unanimité une motion sur l’avenir des écoles rurales début avril, [NDW : ajout du lien lors de la mise en ligne le 07/06/2011] exprime sa satisfaction et son adhésion aux déclarations successives de M. Jacques PELISSARD, président de l’Association des Maires de France le 23 mai dernier et de M. Gérard LARCHER, le 26 mai sur la nécessité de revoir la politique éducative engagée.

Si notre propos n'est pas de demander l'instauration d'une politique irresponsable de dépense qui ne devrait rendre de comptes, l’AMRF vous demande d’intervenir auprès du ministère de l’Education Nationale qui met aujourd’hui en péril l'école rurale dont la qualité est avérée par les résultats des tests nationaux.

La logique comptable ne peut être le seul juge de la destinée des écoles rurales : la centralisation des structures scolaires vers les chefs-lieux de canton ne peut servir de matrice aux réductions d’effectifs et les questions de distances et de temps de transport doivent sérieusement être prises en compte dans l’élaboration de la carte scolaire, pour l’intérêt des enfants et la vitalité des territoires.

Garant des fondements de la République, vous comprendrez que l’égalité constitutionnelle entre citoyens passe par l’égalité d’accès aux services publics et en premier lieu à l’école de la République.

L’avenir des écoles rurales est indissociable de l’avenir des communes rurales. Or, l’aménagement juste et équilibré du territoire revêt dans notre pays une dimension centrale que vous avez souhaité concrétiser en 2010 par un CIADT qui traitait des questions spécifiques au monde rural ; celui-ci affirmait une volonté unanimement saluée « d’améliorer l’accès à un socle de services essentiels à la population » au rang desquels figurait expressément l’école en terme de « service de proximité ». Il y a un an, le CIADT évoquait également la nécessité de donner un « caractère plus opérationnel » aux « principes de la charte de 2006 relative à l’organisation de l’offre des services publics et au public en milieu rural ». Nous ne pouvons imaginer que ces engagements soient désormais foulés au pied.

Monsieur le Président, il y a urgence à renouer un dialogue entre le Ministère de l'Education Nationale et les acteurs de l'école à travers leurs structures représentatives d'enseignants, de parents d'élèves, d'élus.

Nous connaissons le souci que vous portez à la dimension prospective des réformes que vous confiez au Gouvernement. Nous connaissons également l’importance que vous donnez à la jeunesse de notre Pays. Nous connaissons votre attachement à l’excellence française dans tous les domaines. Mais nous savons aussi qu’aucune ambition pour l'école publique ne saurait être crédible sans que des moyens prioritaires ne soient garantis dans la durée.

Les maires ruraux de France savent bien que si la question du taux d’encadrement dans les établissements scolaires est une donnée importante, elle ne saurait être la seule. Les questions de rythmes scolaires et de vie des familles, celles relatives à la formation des enseignants, aux méthodes pédagogiques et plus généralement, à l’environnement éducatif ne sont toujours pas réglées, alors qu’elles impactent la qualité de l’enseignement.

Il y a urgence à revoir la lecture de l’enjeu scolaire à l’aune d’une approche d’avenir faisant confiance aux territoires ruraux pour travailler à leur développement ; ils attirent de nouvelles populations, souvent jeunes et actives. Ne les décevons pas. Favorisons un développement de ces territoires qui passe par une éducation des jeunes générations au plus près de leur lieu de vie.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Vanik BERBERIAN
Président


L'Association des Maires Ruraux de France fédère, informe et représente les maires des communes de moins de 3 500 habitants partout en France. L'association s'engage au quotidien au niveau local comme national pour défendre et promouvoir les enjeux spécifiques de la ruralité. Créée en 1971, l'AMRF rassemble près de 10 000 maires ruraux regroupés dans un réseau convivial et solidaire d'associations départementales, en toute indépendance des pouvoirs et partis politiques. L'AMRF est un représentant incontournable du monde rural auprès des pouvoirs publics et des grands opérateurs nationaux.