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Question à Vanik Berberian, président de l'Association des Maires Ruraux de France

Net-Infos : Dans son discours de politique générale le 8 avril, le nouveau Premier ministre Manuel Valls a annoncé la réduction du nombre de régions et la suppression des départements, mais il n’a pas évoqué les communes. Cela signifie-t-il selon vous que les communes seront préservées dans cette nouvelle version de la réforme territoriale, ou que pour le gouvernement elles sont désormais considérées comme « quantité négligeable » ?

Vanik Berberian : Le discours de politique générale du nouveau Premier ministre sème le trouble parce qu'il met en évidence l'absence de continuité politique sur une question territoriale largement enlisée. Tout et son contraire a été dit depuis le discours solennel du président de la République en conclusion des États Généraux de la décentralisation à la Sorbonne en 2012.

Il renforce également l'inquiétude des élus de terrain qui placent la proximité comme l'élément essentiel d'une réponse adaptée aux besoins, à l'inverse des "apparatchiks" de l'Etat et autres grands élus de salon, qui ne jurent que par une dilution de la commune dans l'intercommunalité et une dissolution du département dans la région.

Les vieilles lunes des "think tanks" hors -sol, servies par des journalistes et des commentateurs autoproclamés experts bien connus, qui squattent les plateaux télés comme la moule colle au rocher, font des ravages à grands coups d'affirmations simplistes auprès d'une opinion publique mal informée et malheureusement éloignée de ces questions. Il nous revient donc l'obligation de porter un autre discours, une autre vision de l'organisation territoriale, et aussi d'en dénoncer les mauvaises justifications. Faire des économies pour faire des économies est aussi stupide, inefficace et dangereux, que changer pour changer.

Maire depuis 25 ans j'ai toujours pensé excessifs ceux qui disaient la commune menacée, aveuglé sans doute que j'étais par le simple fait que son utilité était évidemment la meilleure de ses protections. Je reconnais aujourd'hui m'être trompé.

Et parce que bien que distincts, les éléments d'une mosaïque se complètent solidairement, le silence assourdissant du Premier ministre sur deux points essentiels que sont la considération du territoire au travers un aménagement équilibré et le partage de ses richesses au travers d'une juste péréquation, sont bien la preuve d'un renoncement politique.

C'est ce renoncement qu'a finalement exprimé entre les lignes le Premier ministre, comme en attestent sa vision de la réforme territoriale et la faiblesse de la composition du gouvernement dans ce domaine.

Alors à l'aube de ce nouveau mandat, sauf à vouloir être complices de ce que l'on nous prépare, nous devons relever les manches et cracher dans nos mains afin qu'elles adhèrent bien au manche de la fourche. Première bataille, les élections sénatoriales en septembre prochain. Qu'on se le dise!