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Net-Infos : Dans la Lettre de votre association, vous développez une argumentation sur le "localisme municipal" et élargissement de l'intercommunalité. Pouvez-vous préciser les enjeux de ce débat ?

Dans un contexte marqué par le débat sur l’élargissement des périmètres de la coopération intercommunale, on entend ici et là, souvent sur le ton de la suffisance, une critique de ces élus qui défendraient l’esprit de clocher contre les hautes ambitions de la coopération territoriale.

C’est la vision dépassée de ces élus qui est mise en cause, parce qu’elle serait incapable de dépasser les égoïsmes communaux et d’appréhender les enjeux supra-territoriaux qui imposent de se regrouper pour porter les territoires vers des horizons prometteurs.

L’argument est d’autant plus amusant que ceux qui tiennent ce langage sont bien souvent les mêmes qui utilisent l’intercommunalité comme un lieu de pouvoir pour servir leur commune et leurs ambitions personnelles.

Derrière cette critique de "l’esprit de clocher" se profile en fait une critique du localisme municipal, cette doctrine qui consiste à privilégier ce qui est proche des habitants afin de favoriser la démocratie de proximité, la cohésion sociale, la production locale et la préservation de l'environnement via une moindre empreinte écologique.

Car le discours qui consiste à faire la promotion des grands périmètres comme la solution à tous les problèmes, n’est pas sans rappeler celui qui, il y a quelques années, a défendu celui des grandes surfaces commerciales contre les commerces de proximité, au nom de l’image, du dynamisme et de la modernité.

Or, les communes restent le lieu par excellence de la démocratie de proximité.

C’est pourquoi tout transfert de compétence, même lorsqu’il est techniquement justifié et même politiquement désiré, pose l’inévitable problème de l’éloignement du citoyen et du contrôle démocratique.

Quant à penser que l’élargissement du périmètre de la coopération est en soi toujours une avancée pour le territoire et une mutualisation génératrice d’économies, ce n’est ni plus, ni moins que de l’enfumage.

Il serait plus juste de dire que certains transferts de compétence sont générateurs d’économies,, d’autres pas, que certaines extensions de la coopération sont souhaitables, d’autres pas.
On le voit, le localisme municipal n’est pas, par principe, allergique à la coopération intercommunale qui lui paraît, pour certains sujets, incontournable et bénéfique si elle est librement consentie, dans l’esprit même des coopératives pensées par les philosophes mutualistes.

Mais dans la mesure où il s'oppose à la marche forcée des intercommunalités et à l’élargissement pour tout et n’importe quoi de la coopération intercommunale, le localisme municipal apparaît pour certains comme un "retour en arrière", le fameux "esprit de clocher" qui serait contraire aux intérêts du territoire.

Oui, chers collègues, lorsque nous affirmons que nous sommes contre les regroupements forcés en grandes intercommunalités, nous sommes parfois considérés comme des opposants au "progrès", à la "marche en avant", euphémismes pour désigner ceux qui seraient les "ennemis du territoire".

Les communes demeurent pourtant un espace démocratique essentiel dans notre république et l’échelle la plus pertinente pour la concertation citoyenne.

Jean-Marie Allain,  
maire de Marpent et président de l'Association des Maires Ruraux du Nord

[Editorial de la Lettre internet des Maires Ruraux du Nord d'avril 2013]