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Net-Infos : Vous avez représenté l’AMRF lors d’un forum consacré au très haut débit. Les objectifs du gouvernement et les moyens consacrés à l’aménagement numérique du territoire vous semblent-ils suffisants ?

Il me semble tout d’abord important de dire que la présence des communes rurales est indispensable dans ce type de débat, même si le THD peut apparaître bien éloigné des préoccupations « technologiques » des maires ruraux. En effet une partie d’entre nous continue de se battre pour avoir de l’ADSL ou de disposer d’une couverture complète en téléphonie mobile. Dans ce domaine, il y a encore à faire car tout le territoire n’est pas encore couvert. Par ailleurs, il faut aussi dire que beaucoup de communes ne disposent pas encore d’un site Internet.

La question du très haut débit (THD) anticipe les besoins de demain. Une nouvelle fois, le risque de voir une République numérique à plusieurs vitesses se développer est bien réel. L’Etat propose de distinguer trois zones pour aménager l’espace, en fonction de la rentabilité des zones pour les opérateurs télécom. Une première zone « dense et rentable » ; une seconde « moins dense et moins rentable » ; une dernière « plus dense du tout et déficitaire ». Les opérateurs agiraient dans le premier cas, souvent seuls. Des partenariats publics privés apparaîtraient dans la seconde. Dans la dernière zone, les maires de communes rurales seraient condamnés à regarder passer les trains : seuls les pouvoirs publics agiraient, puisque ces territoires n'intéressent pas le "marché". Cette vision renvoie à l’idée qu’il existe bel et bien dans notre République des citoyens de 1ere, 2e et 3e catégorie."

Par ailleurs, on peut aussi estimer que les fonds envisagés pour déployer le très haut débit avec la fibre optique sont largement insuffisants. Selon la Datar, si une enveloppe d’au moins 18 milliards d'euros est nécessaire pour déployer le THD, la part « publique » devra être au moins de 8 milliards. Soit, sur 15 ans, 500 millions par an d’investissements. Or, le Grand emprunt prévoit de verser uniquement 750 millions d'euros, une fois pour toutes. On est loin du compte !

A cela s’ajoute également la question de la péréquation. La loi Pintat votée en 2009 prévoit un fond dédié à «l’aménagement numérique des territoires». Mais la mécanique de son approvisionnement ne semble pas encore fonctionner.J ’ai assuré que si les fonds de péréquation étaient gérés par les maires ruraux, il y aurait sans doute moins de problèmes. Mais on a rarement vu les pauvres organiser la répartition des richesses, fussent-elles numériques...

Au-delà de cette cruciale question financière et face au risque de voire progresser encore la « balkanisation numérique » de la France, il semble important de regarder ce qui a été fait dans le domaine électrique. Fidèle à la devise « C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures », il semble intéressant de regarder s’il ne serait pas plus judicieux de travailler sur la constitution de syndicats mixtes du numérique pour favoriser le déploiement équilibré du THD.