Vous êtes ici :   Nous connaître > Question à...
22

Question à : Pierre-Yves Collombat
Premier vice-président délégué de l'AMRF, sénateur du Var et maire adjoint de Figanières

Net-Infos : Au cours de l'AG nationale des Maires ruraux à Autrans, vous avez constaté que l'AMRF était la seule à lutter pour préserver les petites communes. Déplorant que de nombreux acteurs de ce dossier considèrent cette position comme dépassée et jugent les regroupement de communes comme la seule voie possible, vous avez déclaré : "Un jour ils verront bien que nous ne sommes pas des arriérés, mais des précurseurs!" Pouvez-vous préciser votre pensée ?

Pierre-Yves Collombat : « Depuis la création des communes par la Révolution (dont ce fut l'un des premiers actes, dès décembre 1789), les ministres de l'Intérieur souhaitent régulièrement réduire leur nombre, sous prétexte qu'elles seraient trop petites ou incapables de régler les problèmes qu'elles rencontrent ! D'où l'idée de les fusionner ou de les fondre dans l'intercommunalité.

Ces communes sont des entités économiques, sociales et politiques. Sur le plan économique, la crise fait apparaître de manière flagrante que l'idée selon laquelle tout doit passer par le Marché est de plus en plus contestable. On nous dit qu’il ça ne rime à rien de conserver des communes disposant de budgets microscopiques. Mais, en supprimant ces communes, supprime-t-on les problèmes qu’elles règlent ? La gestion du territoire par les communes est ce qui coûte le moins cher ! A moins, bien entendu, que l'on ne renonce à l'occupation de tout l'espace national... »

Sur le plan politique, ce sont les communes qui forment le terreau de la démocratie, les affaires communes y sont gérées par ceux qui sont directement concernés. Selon l'idéologie dominante aujourd'hui, il faudrait laisser ces questions aux experts, aux spécialistes plutôt qu’aux élus. Mais la gestion par la technocratie plutôt que par la démocratie mène à une impasse. Défendre les petites communes, c'est défendre le mode de gouvernance qui est le plus performant et qui correspond aux défis de demain.

Sur le plan social, le vieillissement de la population nous pose un problème redoutable. Comment allons-nous assurer financement des services que cela appelle ? Plus globalement, comment se contenter de la seule régulation par le marché. Le système ne s'auto-régule pas. Sa logique aboutit au chômage de masse, à l'état de la jeunesse évoqué lors du congrès des maires ruraux à Autrans. Les services de proximité aux personnes âgées devront de plus en plus être réalisés de façon non marchande. Par exemple par le bénévolat ou l'action des communes. On ne pourra faire autrement.

La seule solution pour la société aujourd'hui, c'est de redonner au politique et au social la place qu'ils n'auraient jamais dû perdre et qu'ils occupent naturellement dans les communes rurales depuis leur création. C'est en cela que les Maires Ruraux de France sont des précurseurs lorsqu'ils défendent l'existence des communes rurales, cellules de base de notre démocratie et de la sociabilité."