Vanik Berberian,

maire de Gargilesse-Dampierre (36),
président de l’Association des Maires Ruraux de France

22
Dans sa composition, le premier gouvernement Hollande faisait silence sur la ruralité et l'aménagement du territoire. Il instaurait cependant un ministère de l'Egalité des territoires et du Logement. Nous avions pressenti au moment, que le logement éclipserait l'égalité des territoires. Nous avions malheureusement raison.

Le nouveau gouvernement réaffirme la même carence et sans complexe, rétrograde dans son intitulé ministériel l'Egalité des territoires au second plan. C'est dire l'intérêt manifesté pour la question. Quel aveu !

Mais on n'en restera pas là, la mort programmée des conseils généraux vient enrichir la liste déjà trop longue des mesures "ruralicides". Excusez-nous d'exister.

La gauche alors dans l'opposition n'avait de cesse de critiquer la décentralisation pensée par la droite. Aujourd'hui aux manettes, la gauche met en place, un cran au-dessus, ce qu'elle critiquait alors. La droite quant à elle, dénonce à son tour ce qu'elle voulait mettre en place hier, à quelques nuances près. Et après on déplore que les citoyens ne comprennent rien à notre organisation territoriale. Mais, faut suivre !

Malgré ces revirements politiquement opportunistes, la seule chose qui transcende les discours d'où qu'ils viennent, c'est la conception jacobine de notre organisation territoriale. Elle phagocyte patiemment et avec efficacité la commune et, c'est nouveau ça vient de sortir, annihile le conseil général pour mieux justifier des intercommunalités tentaculaires et des régions omnipotentes et plénipotentiaires.

Que reste-t-il des engagements prononcés par le président de la République aux États Généraux de la décentralisation à la Sorbonne en octobre 2012 ?

Depuis, l'eau a coulé sous les ponts, et loin d'éclairer la feuille de route, les atermoiements des derniers mois et les coups de menton des derniers jours mettent sans ménagement les acteurs au pied du mur. Tout cela n'augure rien de bon.

C'est bien la peine d'avoir autant d'intelligences ministérielles et néanmoins parisiennes pour, sur le fond, en être toujours au même point. On discute architecture des contours mais surtout on évite soigneusement de parler péréquation et aménagement du territoire.

Oui, tout ceci est bien regrettable et prouve encore si besoin était, que le territoire rural n'intéresse toujours pas.

Nous nous en souviendrons en septembre. Lorsque le temps des élections sénatoriales sera venu.