Vanik Berberian,

maire de Gargilesse-Dampierre (36),
président de l’Association des Maires Ruraux de France

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C’est en lisant leur quotidien départemental, la Nouvelle République pour ne pas le nommer, que les maires de l’Indre ont appris le projet du préfet de redécoupage des cantons. Certes, le Code électoral n’indique pas la nécessitéde consulter les maires, mais vous admettrez que les conseils municipaux sont très légitimement concernés par le changement de positionnement de leur commune sur la carte cantonale. Et de fait, mécaniquement, aucune concertation avec les élus n’a eu lieu. Une telle démarche ne peut que porter atteinte aux nécessaires relations de confiance entre les élus et l’Etat. Par ailleurs, ma candeur naturelle m’incline à penser qu’aucun élu, quelle que soit son appartenance politique, n’a été consulté, dans l’Indre ou à Paris, avant que cette carte ne soit rendue publique. En cas contraire, la neutralité bienveillante de l’Etat serait gravement écornée.

Si la forme est regrettable dans une démocratie qui se veut moderne, le fond est quant à lui plus que contestable. Il est révélateur d’une propension à vouloir, au prétexte d’un meilleur équilibre entre territoires urbains et ruraux, donner encore plus de poids au paramètre population au détriment du paramètre territoire. La liste d’exemples à disposition est longue pour illustrer l’affaiblissement, pour ne pas dire la négation continue, du caractère également rural du pays (DGF de moitié pour le citoyen rural - concentration des services publics dans les aires urbaines - loi d’affirmation des métropoles, etc.). C’est dans ce contexte et cette perspective que s’opère le redécoupage des cantons, dont on peut s’interroger sur le caractère d’urgence à y procéder maintenant, au regard des autres problèmes auxquels nous devons collectivement faire face.

La question que nous pouvons poser est : que gagne notre territoire départemental avec cette réforme ? De mon point de vue, rien, excepté un progrès concernant la parité. Ce n’est pas négligeable mais aurait pu être traité d’une autre manière. Quant au découpage pour notre département, reconnaissons que certains rapprochements peuvent sembler logiques, (en partant du postulat de leur utilité éventuelle). D’autres sont pour le moins baroques et trahissent des motivations bien inavouables. Ces découpages nouveaux sont incohérents au regard des argumentaires habituels de « bassins de vie » largement utilisés par certains et dont on nous rebat les oreilles.

Enfin, le simple fait que cette carte soit pensée et imposée de Paris, depuis les soupentes du ministère de l’Intérieur, atteste une fois de plus du caractère archaïque de l’approche territoriale pratiquée par l’Etat. Une carte de composition départementale devrait être dessinée par les acteurs locaux concernés au plan départemental avec, seulement si nécessaire, l’éventuelle conciliation du préfet de département.

Osons la décentralisation.