Vanik Berberian,

maire de Gargilesse-Dampierre (36),
président de l’Association des Maires Ruraux de France

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Vociférations sur les bancs de l’assemblée perçues comme puériles, avantages divers inconsidérés, incapacité à résoudre les problèmes…, la liste des griefs à charge est très longue. Nos concitoyens sont de plus en plus sévères à l’égard de ce que l’on appelle globalement et sans nuance, la classe politique. La courbe de sympathie et de respect des élus est inversement proportionnelle à celle du chômage. Rien de bien nouveau direz-vous, sauf que cela s’aggrave et que les élus particulièrement concernés par le profil rejeté semblent ne pas en être conscients. Qu’ils continuent comme cela, et le point de non retour sera très vite atteint. Les promesses tous azimuts et les lois de moralisation de la vie politique seront bientôt inaudibles par les électeurs et sans résultat sur leur appréciation, mais se traduiront dans les urnes… ou dans la rue.

Le problème est que, non seulement toute la représentation parlementaire ne mérite pas cet opprobre car certains assument correctement leur mandat mais aussi et surtout, que le vocable "élu" représente une grande diversité de rôles et des réalités qui n’ont rien de comparables.

Quel rapport, à tous les niveaux, entre un maire rural d’une commune de 500 habitants et le maire d’une ville de 50 000 ? Quel rapport entre un parlementaire bon manœuvrier dans son parti qui se retrouve parachuté et élu dans un département au gré d’accords internes fumeux quand ce n’est pas entre différentes formations et celui qui vit un ancrage local réel ? Quel rapport entre un élu qui se satisfait d’un seul ou de deux mandats en parallèle et celui qui les accumule sans vergogne ?

Alors très vite se pose la question du statut de l’élu et les conditions d’exercice du mandat. Mais de quel élu parle-t-on ? On a vu dans le dernier numéro de 36000 communes combien le texte voté récemment au Sénat est vide de contenu en particulier pour les élus communs.

Il faudra se montrer patient avant que les choses changent car malgré les promesses des Etats Généraux de l’automne dernier, l’ambiance du moment ne favorise pas le progrès sur la question. L’affaire Cahuzac venant s’ajouter à toutes les autres, qui rythment l’actualité depuis des lustres, ne fait que renforcer durablement le sentiment de rejet des élus. De tous les élus, y compris de ceux qui n’ont rien à y voir. Le résultat est bien de l’ordre de "la punition collective" toujours injuste. L’amélioration des conditions d’exercice du mandat ne sont pas à l’ordre du jour, pas même par les "soutiers" de la République que nous sommes.