Vanik Berberian,

maire de Gargilesse-Dampierre (36),
président de l’Association des Maires Ruraux de France

28

Non, non, pas celles bien râpées qui donnent les joues roses et rendent aimable. Ni les carottes financières que l'État, celui d'hier comme celui d'aujourd'hui, agite grossièrement sous le nez des élus pour les inciter à pousser sans cesse les feux de l’intégration et de la fusion intercommunale. Non, je parle du losange, de la carotte rouge plantée sur les façades des cafés qui indique aux passants qu'en ce lieu on peut se fournir en tabac - mais pas seulement.

Comme plus de 4 millions de personnes, fumeurs et non-fumeurs (ce qui est mon cas) j'ai signé sans réserve la pétition nationale proposée par la Confédération des buralistes en faveur des 27 000 buralistes. Le texte disait "Je soutiens mon buraliste, je signe sa pétition". C’est bien un engagement et un soutien personnel à leurs revendications au travers desquelles ils demandent :

  • un gel des prix du tabac avec une lutte accrue contre le marché parallèle,
  • la mise en place d'une autre politique de santé,
  • un vrai plan de sécurisation de leur commerce
  • un renforcement du Contrat d'avenir en matière de diversification.

La démarche pourrait sembler corporatiste mais à la vérité si la pétition a reçu autant de soutiens de signataires, c’est parce que ce type particulier de commerce tient une place indispensable dans la vie de nos communes. De plus en plus menacés, ils disparaissent les uns après les autres. Ces commerces sont au pied du mur en particulier dans nos territoires ruraux où ils tiennent pourtant un rôle essentiel et irremplaçable dans une société de plus en plus atomisée, en ce qu'ils portent de valeur de lien social, de dynamique de village et de vie locale.

Chaque maire sait profondément la chance de sa commune quand il existe un café-tabac-journaux. Alors on peut comprendre qu’il soit comme les habitants le sont, à l'instar des 4 millions de signataires, attachés viscéralement à ce type de commerce si particulier. On entend dire parfois "une école qui ferme c'est un village qui meurt". Soit. Mais je pense plutôt que c'est quand le dernier troquet ferme que le village est moribond.

Alors ensemble, préservons la carotte pour ne pas être obligés d'user du bâton.