Vanik Berberian,

Maire de Gargilesse-Dampierre (36),
Président de l’Association des maires ruraux de France

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On l'attend toujours, la politique promise au moins dans l’intitulé du ministère : l'égalité territoriale ! Elle ne semble pourtant pas pressée de pointer son nez. Pis, les signes hostiles à la Ruralité s'accumulent. Comme l'injustice de traitement dans l'attribution de la DGF faisant qu'un urbain vaut deux ruraux. On a beau le savoir, on ne s'y habitue pas. Mais la nouveauté aujourd’hui c'est que mine de rien, on s'attaque aux départements ruraux.

Dans le projet de loi sur les élections départementales par exemple, réajuster la représentativité des cantons pour un meilleur équilibre du territoire départemental, c’est bien. Par contre, donner une suprématie excessive au poids démographique, c’est assurément très tendance dans les hautes sphères qui restent désespérément hors sol, mais c’est occulter un des fondements du principe territorial qui veut que l’espace reste un déterminant essentiel de la vie démocratique.

Et ce n’est pas tout : on s'attaque maintenant aux finances des départements ruraux. La loi de finances rectificative 2012 a reconduit le fonds de soutien aux départements fragiles. Or, l’État en a modifié le principe en passant de 30 à 56 le nombre de départements concernés. Chacun sait que lorsque la taille du gâteau n’augmente pas à proportion, c’est la part attribuée à chacun qui diminue. Et comme si cela ne suffisait pas, l’indice de fragilité et de charge est désormais multiplié par la population. L’intention serait louable si elle ne nuisait pas gravement aux départements ruraux déjà fragiles.

Le Département, faut-il le rappeler, est le premier interlocuteur de la Commune. Le fragiliser, c'est pénaliser sa politique de proximité et de solidarité. C’est aussi amputer lourdement sa politique de soutien aux communes.

Prendre aux pauvres pour donner aux pauvres est peut-être à la mode, mais c’est très loin de la conception que nous nous faisons de la péréquation.