Vanik Berberian,

Maire de Gargilesse-Dampierre (36),
Président de l’Association des maires ruraux de France

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Il y a peu, un honorable sénateur – parce que quoi qu’il dise ou fasse, le sénateur est toujours honorable – moquait du haut de la tribune les conditions d’élection du président de l’AMF, faisant remarquer que dans cette élection “chaque commune ayant une voix, Paris et Pétaouchnock pèsent le même poids”. Nous tairons le nom de l’honorable par charité. Un indice quand même pour les joueurs : il porte la moustache.

Ce disant, l’honorable n’est pas le seul à faire cette analyse. Il paraîtrait même qu’une commission ad hoc au sein de l’AMF doit trancher cette brûlante et urgentissime question. Autant le dire sans détour : les maires ruraux, par ailleurs membres adhérents de l’AMF pour certains, ne sont pas disposés à rester inactifs le moment venu.

Plus sérieusement, il est utile de se pencher sur les ressorts de telles motivations et les remettre en perspective avec l’éternellement décrié émiettement communal, auquel s’ajoutent les velléités de l’élection de l’exécutif intercommunal au suffrage direct. Et le transfert de la compétence, en matière d’urbanisme, du maire de la commune vers le président de l’intercommunalité. Certains, au vu des difficultés pour construire, vont même plus loin et considèrent que la seule manière de libérer la gestion du foncier est de supprimer la commune. Rien de moins.

Voilà un beau faisceau d’indices, dirait le détective belge Hercule Poirot en se frisant les moustaches. Comment ne pas penser que ce qui intéresse au plus haut point les agglomérations et les villes-centres n’est pas notre bourse, puisqu’elle est plate ? Non, ce qu’ils lorgnent sans vergogne, c’est l’espace dont nous disposons. Et qu’on se le dise: notre trésor, on n’est pas prêts à se le laisser piquer.

Vanik Berberian
Maire de Pétaouchnock