Vanik Berberian,

Maire de Gargilesse-Dampierre (36),
Président de l’Association des maires ruraux de France

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La préparation des budgets de nos communes et intercommunalités n’aura jamais été aussi délicate. Si la recherche de subvention est un art largement pratiqué par les élus, il faut dès maintenant nous préparer à une nouvelle discipline, celle de la recherche du crédit bancaire.

Passons rapidement sur les budgets de fonctionnement qui, par nécessité, sont depuis longtemps calculés au plus juste. En revanche, l’élaboration des budgets d’investissement risque de rencontrer de sérieuses difficultés du fait de la raréfaction du crédit, de la hausse prévisible des taux et du raccourcissement des annuités. Plus que la retenue en matière d’investissement, attitude largement connue par nos collectivités rurales qui s’efforcent de dépenser à bon escient, c’est l’inertie générale qui nous guette, avec des conséquences graves et douloureuses pour nos entreprises locales du BTP et plus largement, pour toute l’économie locale. Est-il nécessaire de rappeler que les collectivités locales assurent 71 % de l’investissement public ?

Dans ce contexte, on peut se demander comment le comptable public et la préfecture sauront apprécier la sincérité des documents budgétaires selon la formule consacrée, si l’incertitude plane sur nos budgets du fait de l’absence d'engagements bancaires écrits en bonne et due forme ? Or les banques, qui ont reçu de sérieux appuis dans la période que nous appellerons pudiquement de turbulences, doivent soutenir sans ambiguïté et à des taux honnêtes, l’activité d’investissement des collectivités locales.

Entre la navigation à vue du fait des conséquences encore inconnues de la réforme inachevée de la fiscalité locale, les délais nécessaires à la constitution de la future banque publique Caisse des Dépôts – Banque Postale et la création de l’Agence de financement des collectivités locales, et du marasme général, le tunnel risque d’être long, trop long pour l’économie des PME et TPE.

Même si ce n'était pas l'objectif affiché, le dernier étage de la fusée RGPP est par la force des choses sur le pas de tir et ce, au moment où l’Etat invite les collectivités à participer à l’effort de maîtrise des dépenses. Sur ce dernier point, il risque d’être entendu, bien au-delà de toutes ses espérances.