Vanik Berberian,

maire de Gargilesse-Dampierre (36),
président de l’Association des Maires Ruraux de France

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Quelle coïncidence temporelle, entre 1971, date de la création de notre association et aujourd’hui, nous devons combattre une même vision technocratique de concentration qui n’a pourtant pas fait ses preuves d’efficacité opérationnelle ou d’économie financière. Tant pis pour ces ringards à la suffisance assumée, confinés dans leurs bureaux trop occupés à s’user les méninges pour essayer de détricoter ce qui s’est construit au fil du temps et qui au final, même s’il doit évoluer parce que le contexte a changé, ne marche pas si mal. La RGPP – dont c’est à mes yeux à peu près la seule utilité – finira bien par les rattraper un jour, l’avenir fera le reste.

Oui, le contexte actuel dont la gravité pèse sur nos concitoyens, au point de les amener à douter de la capacité des acteurs de nos institutions à porter l’expertise et la réponse adéquates, impose aux maires, qui restent leur premier interlocuteur, d’être là, disponibles, ouverts, imaginatifs et courageux.

Oui, mille fois oui, les territoires ruraux, en ce qu’ils portent de potentiel de ressource humaine et spatiale, se doivent d’être mieux considérés et en premier lieu par nous-mêmes. Changer de regard sur la ruralité s’impose à tous. Changer de regard mais aussi changer de ton ! Passer d’une ruralité complexée et plaintive à une ruralité lucide et offensive. L’AMRF s’inscrit dans cette conception dynamique de la campagne.

Les quelques pages qui suivent en témoignent et ne suffiront pas pour saluer tous ceux qui depuis 40 ans au sein de l’AMRF se sont succédé, maires ruraux et équipes de chargés de mission, autant de femmes et d’hommes qui, quotidiennement sur le terrain, osent un discours différent, ont une conception généreuse du mandat d’élu et bien entendu, une autre vision sur l’avenir du territoire.

Alors merci à tous qui, au cours de ces quarante ans avez donné corps à cet engagement. Bien entendu nous souhaitons la bienvenue à tous les élus ruraux qui nous rejoignent aujourd’hui, au-delà des chapelles, au-delà des carcans, pour agir, réagir avec ce qu’il faut d’exigence intellectuelle, de volonté démocratique, de lucidité, de courage.

Justement, j’en parlais à ma truite l’autre jour, nager à contre-courant est beaucoup plus difficile, d’où l’importance de bien savoir où l’on veut aller. C’est sans doute le seul moyen d’y parvenir.

Si l’AMRF n’existait pas depuis quarante ans, il nous faudrait sans doute l’inventer. A la vérité, ce qui pourrait sembler une simple formule d’opportunité éditoriale est en fait la marque d’une solide conviction partagée par tous ; que nos communes ne sont pas simplement un échelon administratif qu’il conviendrait de défendre par esprit corporatiste, mais plutôt, la très précieuse synthèse entre des habitants et un territoire qui croient en leur avenir et pour cela se mobilisent. C’est le sens de l’engagement de l’AMRF, depuis quarante ans... et pour longtemps !