Vanik Berberian,

Maire de Gargilesse-Dampierre (36),
Président de l’Association des maires ruraux de France

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On le sait, les élus ruraux sont viscéralement attachés à leur école.

Qu’elle soit communale ou intercommunale, ils y consacrent une attention toute particulière parmi les nombreuses responsabilités qui jalonnent leur quotidien. Rien de bien étonnant à cela. Pas tant pour la dimension symbolique forte que l’école incarne, et encore moins pour l’émotion sympathique que suscite le tintement de la cloche qui sonne la récréation quand l’école jouxte la mairie.

Non, si les élus ruraux surveillent le dossier école comme le lait sur le feu, c’est parce qu’ils savent l’importance de l’enjeu et sont conscients de la part de responsabilité qu’ils portent conjointement, avec le ministère de l’Education nationale, les syndicats d’enseignants et les associations de parents d’élèves.

Depuis des mois pour ne pas dire des années, l’AMRF alerte sur les dangers qui pèsent sur l’école ; conséquences des fluctuations des rythmes scolaires, inquiétudes relatives à la formation des enseignants, suppression des Rased (1) et des autres postes utiles à une vie scolaire riche et constructive, comme l’animation des bibliothèques ou les interventions artistiques.

En retardant pour de médiocres raisons électorales liées aux cantonales le déroulement des CDEN (2), le ministère espérait peut-être également que la mobilisation des parents, des syndicats d’enseignants et des élus s’émousserait. C’est raté.

Que reste-t-il du dialogue fructueux entre le ministère de l’Education et les maires ruraux dans le cadre du plan Ecoles Numériques Rurales ? Nous avions demandé audience au ministre à l’automne dernier - il nous avait été accordé une rencontre avec le Chef de cabinet et c’est finalement trois membres du cabinet qui nous ont reçu. Alors que nous étions venus dialoguer, on nous a très clairement demandé de cesser nos prises de positions jugées irrespectueuses. L’arrogance et le mépris dont les maires ruraux font l’objet ne peuvent que conduire à l’impasse.

Aussi, c’est avec une satisfaction non dissimulée, que nous avons pris connaissance de la position de l’AMF exprimée par le président Pélissard, comme de l’avis inattendu du président du Sénat M. Larcher et maintenant celui du président de l’ADF, M. Lebreton. Tous demandent l’arrêt de ces fermetures et nous ajoutons, de cette politique éducative dont les conséquences ne peuvent être que néfastes et dangereuses.

Nous l’avons déjà dit, le propos n’est pas de dépenser sans compter. Mais puisque l’argument économique est la justification du choix de la politique éducative du moment, nous craignons que les économies faites aujourd’hui, se payent beaucoup plus cher demain.

(1) Rased : réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté.
(2) CDEN : conseil départemental de l’éducation nationale