Vanik Berberian,

Maire de Gargilesse-Dampierre (36),
Président de l’Association des maires ruraux de France

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La sécheresse qui frappe nos territoires annonce une année agricole noire. Dans certaines régions les éleveurs ont de grandes difficultés pour nourrir les bêtes, alors que d’autres sont dans la plus grande inquiétude avec une visibilité à quinze jours. Autant dire que les choses sont plutôt mal engagées. La situation est également critique pour les producteurs de fruits et légumes qui ont des besoins importants en eau.

Le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire a annoncé plusieurs mesures fortes, dont la possibilité d’utiliser les jachères. Mais ces mesures seront-elles suffisantes tant la situation est exceptionnellement grave ? Les « arrêtés sécheresse » que prennent les préfets se succèdent, or nous savons déjà que ces restrictions d’utilisation de l’eau ne suffiront pas car, si cela permet de faire tampon en temps ordinaire, ce qui se profile cette année est hors de proportion. Le monde agricole, en souffrance depuis longtemps, n’avait pas besoin de cette épreuve supplémentaire. Déjà en février dernier, alors que les feux des projecteurs du Salon de l’agriculture qui met en exergue l’excellence française s’éteignaient, la réalité donc l’angoisse prenait très vite le pas.

Alors plus que jamais et avant qu’il ne soit trop tard, la solidarité doit s’exprimer. Celle des céréaliers d’abord, dont la situation de certains est moins préoccupante du fait du rythme des cultures d’hiver alors que la sécheresse s’est faite sentir en mars. Ils s’honoreraient à mettre à disposition la paille et bien entendu, à ne pas spéculer. Pourtant cela ne suffira pas car l’apport alimentaire de la paille étant faible par rapport au fourrage, il faudra acheter des compléments. Autant de coûts supplémentaires impossibles à supporter dans les exploitations déjà sur le fil du rasoir. La solidarité de la profession est attendue mais pas seulement. On se souvient qu’il n’y a pas si longtemps, les banques ont bénéficié d’un soutien énorme pour leur éviter la faillite (360 milliards d’euros).

Aussi les agriculteurs sont-ils en droit d’attendre au moins autant d’attention pour les aider à passer ce cap particulièrement difficile, et ne pas subir les conséquences d’une crise pour laquelle ils n’ont pas, eux, une quelconque responsabilité !

Enfin, c’est aussi une fois encore derrière tout ça, la question cruciale de la gestion de l’eau qui est posée. C’est vrai partout et quotidiennement, mais quand on sait qu’en avril dernier, 58 % des nappes phréatiques connaissaient déjà un niveau inférieur à la normale... c’est encore plus vrai.