Vanik Berberian,

maire de Gargilesse-Dampierre (36),
président de l’Association des Maires Ruraux de France

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(Editorial du n°281 de 36 000 Communes - décembre 2010)



Il y a quelques jours le 11 novembre dernier, comme chaque année au même instant partout en France, nous étions réunis devant le monument aux morts de nos villages pour rendre hommage aux victimes de la guerre de 1914-1918. Comme chaque année, les maires de France ont lu aux habitants présents votre discours qui évoque l’extrême barbarie et le sacrifice de tous ces gens, très jeunes, trop jeunes pour mourir. On y décrit un héroïsme devenu ordinaire par la force des choses.

Nous avons pris l’habitude depuis quelques années dans mon village, de lire aussi deux lettres de soldats à leur famille, l’une française et l’autre allemande. De part et d’autre on y décrit les mêmes insupportables souffrances, les mêmes doutes et les mêmes espoirs.

Comme chaque année le temps était maussade, un temps de 11 novembre, venté et pluvieux. Finalement, la seule chose qui change véritablement année après année, c’est le nombre décroissant de participants à cette cérémonie. Sans doute que dans certains cas, il y a plus de noms gravés sur le monument que de personnes en face pour les entendre égrenés avec cette sentence aussi courte que violente : « Mort pour la France ».

Monsieur le Secrétaire d’Etat, la question que je me pose à chaque commémoration et que je vous pose aujourd’hui est celle du sens de ces commémorations où les conseils municipaux pas toujours au complet, comme les associations d’anciens combattants, sont présents avec des motivations relatives et variables, autant par devoir que par habitude. Encore que dans nos campagnes et proportionnellement aux villes, ces commémorations soient mieux suivies. Nul doute que dans nos campagnes la mémoire est plus vivace.

Mais il ne faudrait pas attendre que la conscience soit totalement émoussée pour réagir. A quoi sert-il que cette journée soit chômée si le « souvenir minimum » n’est plus assuré ? Je n’ai jamais compris le rapport entre le sacrifice des combattants et les week-ends prolongés ou les « grasses matinées » que nombre de nos concitoyens s’octroient à cette occasion.

Ne pensez-vous pas qu’il soit temps de réfléchir à de nouvelles formes de commémoration pour les ajuster à l’actualité ? Commémorer le sacrifice des civils et soldats morts pour la France en 1914/1918 comme durant la seconde guerre mondiale, n’est-ce pas aussi rappeler avec force le sens des valeurs partagées de la Nation pour la République et tout premièrement en direction de la jeunesse ?

Il faudrait peut-être dégager ce temps de mémoire de cette écorce désincarnée parce que de plus en plus historique qui l’étouffe et lui redonner l’éclat nécessaire à la compréhension des convulsions de l’humanité. Pour toujours mieux combattre l’indifférence sauf à vouloir s’en rendre complice.