Vanik Berberian,

maire de Gargilesse-Dampierre (36),
président de l’Association des Maires Ruraux de France

09
Le choix du thème de l'édito de ce mois - la réserve parlementaire - pourrait sembler anecdotique au regard de l'actualité que traverse le pays. J'en conviens, et pourtant...

Il est grand temps de mettre un terme à cette pratique archaïque qui dissimule plusieurs anomalies graves :

- la répartition des 140 millions d’euros annuels à discrétion des sénateurs et députés est très inéquitable, car le montant attribué aux parlementaires est variable selon leur niveau de classement sur l'échelle de Richter parlementaire.

- son attribution arbitraire résulte d’une appréciation très personnelle du parlementaire, ce qui fait que certains "se goinfrent" de manière éhontée, oui oui, éhontée, en arrosant leur propre commune ou leurs associations satellites, tout en distribuant des miettes aux autres collectivités de la circonscription, faisant ainsi croire à un équilibre politique, afin de faire bonne figure devant les citoyens et les élus.

- autre inconvénient, démocratique celui-là: le clientélisme qu’il alimente et la reconnaissance qui oblige le bénéficiaire à l'égard de son bon maître, dont la générosité entretient la souplesse indispensable à la courbette et surtout, le retour espéré d'ascenseur au moment des élections. Je connais même des parlementaires dont l'essentiel de l'activité se résume à la gestion de leur enveloppe. La Cour des Comptes très critique, à juste titre, sur ce principe, vient d’en demander la réforme profonde.

Quant à moi, je plaide plutôt pour la suppression pure et simple de la réserve parlementaire et pour l’intégration totale des fonds dans le circuit classique des financements de l'Etat, ce qui d'ailleurs ferait une économie substantielle en matière de gestion des dossiers d'attribution.

Au moment où les parlementaires perdent jour après jour leur crédibilité auprès des Français, un renoncement à ces pratiques, dont ils auraient l'initiative, serait perçu comme un réel progrès dans la transparence et l'égalité. Ils donneraient par la même occasion un peu de modernité à l’Institution.

Compte tenu du climat général, nous avons tous à y gagner.