Les réseaux d'éducation proposés par le gouvernement conduiraient-ils à des regroupements encore plus importants ?
La loi du 30 octobre 1886 portant sur l'organisation de l'enseignement primaire a vécu, remplacée par les dispositions du code de l’éducation (ordonnance 200-549 du 15-06-2000). Ses dispositions concernant l’école communale n’ont toutefois pas changé (L212-1). Mais, la tendance depuis ces dernières décennies est au regroupement et par voie de conséquence, à la suppression des classes uniques (19000 en 1960, moins de 5000 actuellement) qui étaient, la structure scolaire basique des petits villages, à l'époque où la République s'honorait de respecter les lois qu'elle votait.
L'école rurale fonctionne la plupart du temps au moyen de regroupements qui peuvent être concentrés dans un seul site, en général un bourg-centre où l'école reproduit le modèle urbain souvent considéré comme le seul valable pour réaliser un enseignement efficace et profitable. Ils peuvent être aussi dispersés dans les écoles des villages participants avec une répartition en un ou deux niveaux selon les effectifs.
Les maires, pas tous, ne voient pas la fermeture de leur classe d'un œil serein; les parents, pas tous, apprécient que leurs enfants soient scolarisés sur place, ce qui leur évite des déplacements fatigants et perturbateurs; les enseignants, pas tous, acceptent de travailler seuls dans leur unité pédagogique (sans être pour autant isolés d'autres collègues).
Quant à l'administration, se justifiant en plaçant l'intérêt de l'enfant au premier plan, elle sort allègrement son plan-calcul pour fermer les postes qui ne concernent que trop peu d'élèves à son goût. Elle encourage donc , dirige et organise les regroupements ( allant parfois jusqu'à un semblant de concertation avec les élus) ce qui lui assure, in fine, des gains de postes budgétaires. Et cela d'autant plus facilement que les charges résultantes - transports, garderie, gestion de la prise en charge, cantine,...- ne sont pas du ressort de l'Éducation Nationale.
Les élus qui au départ, semblaient assez favorables à ces regroupements commencent à se poser des questions quand ils constatent que l'Administration voudraient aller encore plus loin et envisage, au travers des réseaux d'écoles, des regroupements ...de regroupements. Ils constatent alors amèrement que cette dynamique procède de la même démarche que celle conduisant à la suppression des bureaux de poste, des perceptions et aux regroupements des brigades de gendarmerie.
Une forme d'aménagement du territoire qu'ils n'apprécient pas du tout. Surtout quand ils apprennent que, toutes dépenses confondues, le maintien des écoles ne coûtent pas plus cher que leur regroupement !
Et maintenant, de quoi plus rien n'y comprendre, voilà que les écoles à classes uniques de nos campagnes que l'on voulait supprimer en raison de leur inaptitude à former convenablement les élèves sont remises au goût du jour ...en région parisienne. L'archaïsme de la classe unique, un argument, réfuté par beaucoup de pédagogues mais largement utilisé par les décideurs départementaux de l'éducation nationale, prend ainsi du plomb dans l'aile !
Marc Thillerot